Le sevrage alcoolique
L’alcoolo dépendance est une des addictions les plus fréquentes en France. Elle touche toutes les classes sociales. On considère que 20% de la population, tout âges confondus, consomme quotidiennement de l’alcool. C’est la 3e cause de mortalité, avec 45000 décès par an.

Selon l’OMS, la consommation en alcool est excessive lorsqu’elle dépasse 40g/jour pour les hommes (soit 3 verres) et 30g/jour pour les femmes (2 verres).
Une addiction progressive
Quelques questions simples permettent d’évaluer son niveau d’addiction (questionnaire DETA) :
- Avez-vous déjà ressenti le besoin de diminuer votre consommation de boissons alcoolisées ?
- Votre entourage vous a-t’il déjà fait des remarques au sujet de votre consommation d’alcool ?
- Avez-vous déjà eu l’impression que vous buviez trop ?
- Avez-vous déjà eu besoin d’alcool dès le matin pour vous sentir en forme ?
Le plus souvent l’alcoolisme débute par une consommation « sociale » puis évolue lentement vers la dépendance. Cette addiction peut se compliquer par la suite.
Des complications nombreuses et pouvant entrainer la mort
L’intoxication aigue peut entrainer
- une ivresse simple, euphorique et désinhibitrice
- une ivresse dite « pathologique » car entrainant des délires à type de persécution, de jalousie, des comportements agressifs ou des crises convulsives (épilepsie)
- un coma éthylique
La consommation chronique de l’alcool peut entrainer des troubles :
- neurologiques gravissimes (encéphalopathie de Gayet Wernicke, syndrome de Korsakoff), démence, atteintes nerveuses périphériques (perte de la sensibilité des extrémités)…
- hépato-digestives : cirrhose, carcinome hépatocellulaire (cancer du foie), pancréatite, cancer du pancréas, cancer de l’œsophage, reflux gastro-œsophagien...
- cancers ORL
- autres : hypertension artérielle, anémie, dénutrition…
- gynéco-obstétricaux : syndrome d’alcoolisme fœtal : la consommation d’alcool pendant la grossesse doit être nulle !
Syndrome de sevrage
Le sevrage se définit comme l’arrêt de la prise d’alcool, qu’il s’agisse d’une démarche volontaire d’arrêt de l’intoxication, ou d’un arrêt accidentel. Jusqu’au 10e jour suivant l’arrêt de l’intoxication, il peut survenir des manifestations appelées « Syndrome de sevrage » :
- sueurs, tremblements, nausées, vomissements, sensation de fatigue
- hallucinations (classiquement, vision d’animaux)
- troubles de la conscience
- convulsions
Ce tableau, qui traduit un manque physique et psychique, doit être prévenu par une hydratation abondante, et la prise de vitamines (B1, B6, PP 500mg/jour).
Cure de sevrage
L’objectif de la cure de sevrage est de permettre un arrêt de la consommation d’alcool sans souffrir des symptômes de sevrage. Elle s’adresse à des personnes motivées, avec un objectif clair : abstinence totale et prolongée, ou contrôle de la consommation.
Elle peut se dérouler lors d’une hospitalisation courte, mais le plus souvent elle peut se réaliser en ambulatoire, avec des consultations médicales régulières.
Pour prévenir les complications du sevrage, on préconise une hydratation abondante (3l d’eau par jour), des vitamines (B1, B6, PP) et des médicaments anxiolytiques pendant une durée limitée et à faible posologie (benzodiazépines). Un soutien psychothérapeutique est crucial, car d’une part l’alcool est dépressogène (induit une tristesse de l’humeur), et d’autre part sa consommation est souvent utilisée comme une façon de s’échapper de situations de vie complexes.
Ce soutien permet aussi d’apprendre des méthodes permettant de lutter dans les moments où l’envie d’alcool redevient intense.
Traitement au long cours
L’objectif est une abstinence totale et prolongée, atteint grâce à un suivi médical régulier.
Plusieurs types de médicaments peuvent être utilisés :
- Il existe des médicaments qui diminuent l’appétence pour l’alcool (envie d’alcool), comme l’AOTAL ou le REVIA, dont l’efficacité est partielle
- Certains autres médicaments, dits « antabuse », induisent des vomissements lorsqu’ils sont associés à une prise d’alcool. L’inconvénient majeur étant l’effet d’habituation progressive.
- Depuis quelques années, on entend parler du baclofène (LIORESAL), qui est une molécule utilisée depuis 40 ans, indiquée parfois à la place de l’AOTAL ou du REVIA, et qui n’a rien de miraculeux.
Une psychothérapie de soutien au long cours et des aides sociales (réinsertion sociale, associations…) jouent un rôle crucial dans le maintien de l’abstinence au long cours.
L’alcoolodépendance est une addiction fréquente, qui entraine des complications nombreuses et une désinsertion socio-professionnelle progressive. Il n’existe pas de médicament miracle, mais lorsque la motivation est forte, une prise en charge multi-disciplinaire par des spécialistes permet souvent une abstinence complète et prolongée.
Pour en savoir plus :
Alcooliques anonymes : www.alcooliques-anonymes.fr
Christophe Coste
(Validé par le Dr Eric LIM)
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