La dépendance affective ou la faim de l’autre
De tels couples sont susceptibles de fonctionner. Le « guérisseur » ou « donneurs de soins » s’attache souvent à des personnalités fragiles. Il peut y puiser une sorte de gratification narcissique, encore faut-il que l’autre y trouve lui aussi son compte et que tous deux acceptent l’implication.
Mais le mécanisme bien rôdé peut se gripper et les rôles ne plus convenir. Tout changement risque alors d’être vécu sur un mode anxiogène avec des troubles divers où la nourriture, entre autres dépendances, agira comme un réconfortant.
Eléonore a été victime d’abus sexuels dans l’enfance. Sa relation aux hommes est marquée par cette empreinte. Dans sa vie actuelle, elle multiplie les comportements extrêmes et les relations à risques, ne rencontrant que des modèles masculins pervers ou violents où déception et dégoût sont systématiquement au rendez-vous.
Ne sachant comment trouver la sécurité qui lui fait défaut, elle calme sa faim d’amour et de protection dans une fusion de corps, se remplissant tour à tour de sexe et de nourriture sucrée à chaque insatisfaction, ce qui augmente encore sa mésestime d’elle-même.
Sa thérapie lui a permi de comprendre pourquoi elle se sentait si attirée par des amours impossibles.
La prise de conscience que le choix de ses partenaires était en prise avec son histoire l’a encouragée à se dégager de ses relations toxiques et à nourrir sa faim d’autres ingrédients.
Elle a aussi appris à ressentir ses émotions, à apprivoiser ses peurs, à se libérer peu à peu d’un trop plein de colère et de pleurs maintenues. Elle sait aujourd’hui dire non, reconnaître ce qui est bon pour elle, elle sait aussi se faire respecter.
Pour admettre l’urgence à être et à tisser des relations différentes, un long travail d’élaboration psychique est souvent nécessaire. Il faut oser prendre le risque de découvrir en soi des ressources et des valeurs qui donnent la force de s’aventurer vers de nouvelles expériences à vivre, dépasser chaque jour un peu plus son périmètre de sécurité sans être tenaillés par les peurs de l’abandon, de l’échec et par les doutes multiples.
De nombreux couples, toujours dépendant de leurs expériences affectives de l’enfance, restent prisonniers de situations douloureuses. Ils accumulent échecs et expériences relationnelles qui les conduisent à une impasse, comme s’il y avait une nécessité à répéter le processus.
Ainsi Christophe, enfant délaissé par sa mère, ne parvient pas à trouver l’âme sœur. Il voyage beaucoup, multiplie les conquêtes, mais ne s’attache pas vraiment.
Il arrive que la dépendance affective soit dissimulée sous des comportements d’indépendance affichée où pointe, en filigrane, la peur d’être englouti par l’amour, la peur qu’il cesse et la crainte de ressentir à nouveau l’angoisse du vide affectif de l’enfance. Alors on préfère fuir.
Il s’agit là d’une peur phobique du lien, de l’amour partagé.
Sylvia elle, ne vit qu’à travers son homme. « Ses départs en voyage me plongent dans d’indicibles souffrances. Je ne m’intéresse à rien, ma vie n’a plus de saveur. Pour éviter de m’enfoncer, et supporter l’absence, je me gave de nourriture» confie –telle.
Ses épisodes boulimiques apparaissaient comme la seule alternative pour faire face. « J’ai compris que je vivais sous l’influence de mon histoire de petite fille abandonnée dès mon plus jeune âge », révèle Sylvia, au cours de sa thérapie qui réalise son attirance pour des personnes distantes ou absentes qui la replaçaient dans les situations d’abandon de son enfance.
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