Faire face à nos ruptures Par Michèle Freud
Une séparation, c'est rompre un lien qui n'attachera plus que l'autre.
Romain Guillaumes (Errance)
De la première séparation symbolique d'avec les parents, à celle où l'on quitte volontairement le nid familial pour voler de ses propres ailes, ou encore une rupture amoureuse, un divorce, un déménagement, une dispute entre frères, soeurs, amis, la fin d'un couple, la mort d'un proche, les séparations jalonnent notre vie et structurent profondément nos existences. Bien qu'elles soient quelquefois des étapes nécessaires qui forment la trame de notre existence, elles n'en constituent pas moins une douloureuse épreuve de perte et de blessures qu'il appartient à chacun de gérer sur tous les plans, aussi bien physique que psychologique, tant dans leur dimension consciente qu'inconsciente.

Tous ceux qui ont rencontré une des formes de séparation, que ce soit celle d'un être cher ou celle d'une situation, chômage, retraite, licenciement, connaissent le poids de la douleur où il faut apprendre, sans trop de dégâts, à se séparer, quitter, perdre. La vie n'est qu'une succession d'attachement et de détachement. « La séparation est la reconstruction, la rupture est une déchirure, une amputation. » nous dit Marcel Ruffo*.
Pourquoi à la complication de la rupture, s'ajoute l'angoisse d'un processus dont on ne connaît pas grand-chose ? C'est oublier que les expériences primaires sont les racines de l'existence, qu'elles laissent des traces souvent indélébiles et que le couple est le lieu où se rejoue des scènes inachevées de l'enfance.
La séparation est une condition de l'avènement de tout individu, elle conditionne chaque étape du développement. Toute la difficulté de l'existence humaine réside dans le fait de devoir se séparer et apprendre à survivre.
Il importe de comprendre l'importance de l'acte de séparation durant la petite enfance, car tout se joue durant les premiers mois de l'existence et est intiment lié à la nature de la relation mère-enfant. C'est la maturation psychique de l'enfant qui permet précisément cette séparation en même temps qu'elle consent à la maturation. Les expériences traumatiques d'abandon sont souvent le fait du manque d'accomplissement des étapes de séparations et de maturation. Si ce travail ne peut s'accomplir en raison d'une trop grande fragilité du moi liée à des carences, certains vivront toute séparation sur le mode d'une profonde détresse. Cette détresse inscrite dans nos mémoires, ravive les séparations et les abandons, lorsque les élaborations n'ont pu se faire. Toute séparation risque d'être vécue de façon traumatique et viendra alors perturber l'équilibre de la personne.
Une expérience de séparation, de douleur et de deuil, de solitude non choisie ou jusqu'alors ignorée, peut fait régresser vers une dépendance rappelant celle du bébé, une demande de soins, une quête de compensation orale qui renvoie au temps de la petite enfance. Cet état d'angoisse extrême s'observe à travers de véritables états de panique, des troubles du comportement, des dépendances, prise de drogues, addictions etc.
Dans certains cas extrêmes, des troubles phobiques sont susceptibles de se déclencher. La phobie étant un symptôme qui amène le sujet à une stratégie d'évitement ou à rechercher des situations ou objets rassurants apportant une certaine sécurité (peur de la rue, du contact, des petits animaux etc.)
On constate en effet dans bien des cas combien un deuil, un défaut de maternage ou encore un traumatisme de la petite enfance ont des répercussions souvent graves sur la santé psychique, voire psychosomatique d'une personne. Ainsi, Jeanne quelques mois après le départ de son mari déclenche un cancer du sein. Cette rupture est venue réveiller l'abandon précoce vécu à l'âge de 8 ans, époque où sa mère l'a confiée à sa tante pour suivre son nouvel époux à l'étranger.
Se séparer dans son couple
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