Halte aux régimes qui dépriment par Michèle Freud
Le régime est l’un des plus grands pourvoyeurs de l’obésité. Il nous enferme dans un processus d’aliénation avec une alimentation impersonnelle, moralisatrice, semée d’interdits nous entraînant dans le cercle vicieux de la frustration et de la compulsion. On se concentre exclusivement sur cet hyper contrôle alimentaire avec tout un système de privations et de contraintes où chaque écart est vécu dans la culpabilité. Ce rythme ne peut être maintenu à long terme. Après la restriction, nous sombrons dans la phase de dérapage et de « ras le bol » vécue sur le mode compulsif. La balance oscille sans cesse entre le pire et le meilleur.
Plus les interdits sont puissants et stricts, plus les pertes de contrôle sont dévastatrices. De tels agissements provoquent des troubles du comportement alimentaire, car dès que nous relâchons, nous risquons de sombrer à nouveau dans l’anarchie où saucisson, fromage, chocolat etc.. sont engloutis avec avidité. C’est ainsi que les kilos s’empressent de revenir.
Les pertes de contrôle sont alors suivies d’un sentiment de honte, écornant un peu plus l’estime de soi. Le contrôle amène la perte de contrôle qui nous confirme qu’il y a lieu à nouveau de contrôler ! Ce fonctionnement, épuisant psychologiquement, nous conforte un peu plus dans l’auto dévalorisation et, à la longue, nous n’en sortons pas indemnes. La plupart du temps, le régime échoue car nous ne mesurons pas objectivement à quel point nos émotions pèsent dans la balance. Une contrariété, une colère rentrée et les belles résolutions s’effondrent, on se venge sur les douceurs qui nous font tant défaut ; l’appétit est toujours à la mesure de la frustration qui l’a précédé.
Claire raconte : « J’avais bien maigri en supprimant radicalement de mon alimentation le chocolat et toutes les sucreries. Un soir de vague à l’âme, n’y tenant plus, voulant m’accorder une petite douceur et me réconforter avec quelques carreaux de chocolat, toute ma stratégie s’est écroulée : ne parvenant plus à m’arrêter, j’ai ingurgité deux tablettes jusqu’à me faire vomir. En prime, ma dépendance au chocolat s’est accrue et il m’est difficile à présent de m’en passer ! »
Notre seule défense contre la frustration consiste à sur-valoriser les plaisirs défendus. Pour nous préserver des multiples tentations, nous nous posons des interdits. C’est précisément en jugeant ces aliments tabous que nous finissons par flancher. En situation de conflit permanent entre norme tyrannique à atteindre et tentations individuelles à réprimer, on se bat en permanence contre soi-même et on finit par se perdre dans des comportements de plus en plus anarchiques.
Et le plaisir dans tout cela ? En renonçant à manger ce que nous aimons, nous nous privons de l’un des plaisirs essentiels de la vie, car manger participe aux délectations du quotidien. Le poids des interdits pèse lourd : plus le désir est étouffé, plus nous risquons de succomber. En refusant le plaisir, on accumule le désir et, pour finir, on s’offre un super « passage à l’acte » : MANGER ! N'importe quoi, sans fin et sans faim !
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