La dépendance, une problématique du lien par Michèle Freud
Intervenant dans la vie intime de l'enfant, dans ses loisirs, ses activités quotidiennes, ils l'empêchent d'agir par lui-même, éludant ainsi toute possibilité d'accession à une quelconque indépendance. Ils donnent de l'amour mais nient le soutien et la liberté nécessaires au développement de l'autonomie. Plus tard, leur enfant hésitera à se fier à son propre jugement. Indécis, il aura besoin de l'approbation des autres pour exister, le doute est d'ailleurs au cour de la dépendance.
Bertrand, en thérapie, relate : «Enfant et même adolescent, chaque fois que je tentais une quelconque initiative, ma mère me déclarait : Laisse-moi faire, tu n'y arriveras pas tout seul Aujourd'hui, face à toute difficulté, j'abdique. Je n'ai jamais réussi à conserver un emploi plus d'un an, j'ai raté ma vie affective aussi. En y réfléchissant, j'ai le sentiment que la prédiction de ma mère, bien ancrée dans mon inconscient, m'a probablement empêché de me réaliser pleinement. »
Certains parents, à l'inverse, négligent leur progéniture. Dès leur plus jeune âge, leurs enfants sont livrés à eux-mêmes et, de ce fait, forcés à une autogestion prématurée. Ils donnent l'illusion d'être autonomes alors qu'en réalité, ils sont très dépendants.
D'autres parents agressent verbalement ou physiquement leurs enfants Ceux-ci apprennent très vite qu'il est dangereux de formuler une demande. Se sentant menacés, ils répriment toute forme d'expression ou d'émotions.
Nombreuses sont les personnes dépendantes à relater une enfance heureuse jusqu'à ce qu'elles se voient contraintes de quitter le foyer familial. Devant l'angoisse de cette séparation, elles ressentent alors une grande solitude et trouvent dans toutes sortes d'addictions le réconfort nécessaire pour affronter la vie.
Lorsque la dépendance est inhérente à la négligence et au manque d'attention de parents eux-mêmes vulnérables, assaillis de soucis ou englués dans une problématique non réglée, l'enfant se sentira constamment inquiet et cherchera une position de dépendance, imaginant y trouver une réelle sécurité. Le sempiternel manque risque de se faire ressentir dans l'ensemble de ses relations. Il acceptera toutes les situations, toutes les humiliations, épousant des rôles dans lesquels il se moulera en fonction des attentes de l'autre, niant ainsi sa propre existence. La peur du rejet et de l'abandon est au cour de cette problématique.
Le père d'Annie est décédé lorsqu'elle avait 10 ans. Sa mère, anxieuse et déprimée, demandait à sa fille d'être « une mère pour deux. » Annie devint forte, obèse même. Manquant totalement d'assurance, elle se gavait de sucre pour tenter de renforcer sa résistance. A 40 ans, elle entame une thérapie afin de perdre du poids et prend conscience, au fil des séances, que son souhait le plus cher serait de pouvoir se libérer de sa mère. « Pour le moment, j'en suis incapable car je me sens trop responsable de sa vie » avoue-t-elle.
|
 |
|