Du bon usage des émotions par Michèle Freud
"Si vous voulez être libre de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle et immédiate de vos émotions". Arnaud Desjardins.
Nos émotions nous dérangent. De peur qu'elles nous submergent ou nous anéantissent, nous prenons bien soin de les refouler et de nous réfugier dans le silence.
Comme dans notre enfance, il n'était pas d'usage d'exprimer ce que nous ressentions, sous la pression d'interdits multiples, pour continuer à être aimés, nous avons opté pour la résignation ou la rétention de nos affects.

Adultes, nous éprouvons quelques difficultés à formuler de vraies demandes avec le risque de traverser notre vie émotionnellement anesthésiés ou perturbés, constamment sur la défensive, perdant tout contact avec nous-mêmes.
Une émotion est une réponse physiologique à une stimulation. Sa fonction est de produire une réaction spécifique à une situation précise. Elle se manifeste en trois temps et dure à peine quelques minutes : charge, tension et décharge. Dans le mouvement de tension, le corps est entièrement mobilisé, dans la phase de décharge, il se libère de cette énergie et retrouve, après l'extériorisation, son équilibre initial. Si cette tension n'est pas liquidée, elle est susceptible de verrouiller tout notre système émotionnel.
Tant que nous réduisons nos émotions au silence, elles n'auront, pour se manifester, d'autre issue que le langage de la maladie. Lorsque le corps s'exprime par des symptômes, on ne les associe pas forcément à ces émotions enclavées. La première étape pour s'en libérer consiste à apprendre à reconnaître nos affects, à identifier la cause de nos tourments, cela suppose de les laisser émerger, mettre les bons mots sur nos maux afin qu'ils perdent leur intensité.
Exprimer ses émotions, c'est oser affronter notre véritable façon d'être, de penser et de percevoir. Or, cette démarche implique un changement de notre être profond et nos peurs multiples bloquent souvent cette remise en question, aussi préférons-nous les taire.
« Comme vous n'avez jamais été d'accord pour vivre vos émotions puisqu'elles vous renvoient à la souffrance, vous avez créé des hyper-émotions écrit Arnaud Desjardins*. Soyez donc avec plutôt que emporté par. » Si nous sommes « avec l'émotion », en faisant corps avec elle, en l'accueillant et en la laissant s'exprimer, le processus d'acceptation se met en place et l'émotion se fige, disparaît. En la refusant, en la masquant, nous l'augmentons. Ainsi réprimée, elle persiste de façon souterraine et risque à tout moment d'exploser, telle une grenade à la force.
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