Le langage du corps par Michèle Freud
A travers la psychanalyse, il a démontré qu'on ne pouvait pas en rester au corps constaté, au corps somatique et a fait comprendre qu'il ne pouvait être question que d'un corps construit. Le corps humain, pour la psychanalyse, est construit par l'inconscient narcissiquement.
Même si certains détracteurs de Freud ont dénié ou critiqué la place du corps chez Freud, elle est bien présente. La psychanalyse s'effectue par la parole et le langage où le corps est souvent souffrance, objet de soins, d'expressions, d'interprétations. N'a t-il pas écrit dans le cas Dora : « Celui qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre constate que les mortels ne peuvent cacher aucun secret. Celui dont les lèvres se taisent, bavarde du bout des doigts. Le symptôme que l'on interprète est donc bien dans le corps.
Après Freud se situent les mouvements reichiens. Pour Reich, l'énergie fondamentale est bloquée par la répression sexuelle tarissant le libre flux qui finit par se bloquer et par créer des rigidités musculaires. Pour lui, le complexe d'Odipe ne serait pas la cause mais la conséquence de la répression sexuelle.
La cuirasse caractérielle du fait de cette rétention d'énergie, réalise un blocage affectif s'exprimant par un manque de contact authentique avec son corps. La cuirasse musculaire, issue du blocage, serait composée de sept anneaux segmentaires disposés le long du corps ; chaque anneau correspond à certains blocages empêchant les excitations affectives de parcourir librement le corps. Reich a très peu exposé comment libérer l'individu de sa cuirasse et de ses résistances. C'est Alexander Loewen, dans l'analyse bio-énergétique, qui développera plusieurs techniques.
Citons aussi Groddeck, auteur attentif du langage du corps vécu. Quand la souffrance ne peut s'exprimer par la bouche, par les mots, elle va s'exprimer par les maux, par la maladie : « Quand ça ne passe pas par la bouche, il faut bien que ça passe ailleurs ». Pour lui, nos organes parlent. Une douleur abdominale serait une manifestation somatique d'une question restée sans réponse. Cela n'arrive pas par hasard. Ce qui est tu, réprimé, s'exprimera autrement à même le corps, chargé de supporter tous ces silences.
La pensée orientale (tibétaine, chinoise ou indienne) propose un modèle dynamique et énergétique du corps. L'oriental considère l'être comme une unité fonctionnelle reliée au cosmos ; sa santé découle de l'équilibre entre deux polarités, le Ying et le Yang.
En Chine, les enfants apprennent dès leur plus jeune âge, à l'école, à se mouvoir harmonieusement. Le rééquilibrage énergétique s'effectue essentiellement par l'apprentissage de la respiration.
Le yoga met l'accent sur le contrôle et la maîtrise de l'homme sur la matière, son corps, ses émotions, son esprit. La pensée tantrique est une philosophie issue du bouddhisme. Elle prône une attitude de prise de conscience modifiée et de double conscience à la fois émotionnelle et mentale.
Dans le taoïsme, le but est l'harmonie entre l'homme et l'univers turbulent, en vue d'un apaisement suprême.
Alfonso Caycédo, l'inventeur de la sophrologie, s'est largement inspiré des techniques orientales pour élaborer, entre autres, sa méthode dynamique en l'adaptant, toutefois, à notre culture occidentale.
Il a eu le mérite d'intégrer le corps et de créer, par cette technique, une méthode originale de ré-harmonisation corps-mental à travers son concept de « corps vécu ». Nos rapports avec notre corps occidental sont marqués du sceau de l'incertitude et nous créent bien des tourments. Parfois, ce corps prend l'allure d'une véritable prison. Il impose de telles souffrances et se fait l'écho, par ses manifestations sonores, de l'insatisfaction profonde dont nous ne sommes pas toujours conscients. Lorsque le désir fondamental est brimé, l'individu tombe malade. Tout déséquilibre psychologique retentit sur le système endocrinien et végétatif.
Carl Simonton, l'auteur de « Guérir envers et contre tout » (Ed. Ep.), explique que la maladie implique souffrance et angoisse mais elle résout aussi des problèmes dans la vie des gens. Elle agit comme un « faciliteur », un donneur de permission, en permettant aux individus des comportements qu'ils ne s'autoriseraient pas normalement.
En étant malade, nous pensons recevoir plus d'amour, d'attention, de repos, la demande d'autrui s'en trouvant diminuée. La maladie lève la censure, suspend un certain nombre d'attitudes. « Tomber » malade devient alors le seul moyen acceptable pour quitter nos responsabilités et s'occuper de soi sans culpabilité.
La maladie doit-elle être obligatoirement le prix à payer pour obtenir le droit de souffler ?
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