"J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus…"
« La mémoire est nécessaire à toutes les opérations de l’esprit » déclarait Pascal. Les Anciens déjà, reconnaissaient ses valeurs ; la mythologie grecque avait même élu sa propre déesse, Mnémosyne, pour la personnifier.
Régissant l’essentiel de nos activités, la mémoire est l’une des fonctions les plus importantes de notre cerveau ; elle est à la source de notre évolution, de notre identité, de nos connaissances et de nos émotions.

Constituée de structures tant physiques que psychiques, elle stocke les souvenirs dans des réseaux de neurones connectés les uns aux autres et traite les informations par des systèmes fonctionnant en relation permanente.
Objet constant d’expérimentation, la mémoire captive aujourd’hui les scientifiques à la recherche de nouvelles molécules censées la stimuler. Elle préoccupe aussi tous ceux qui craignent de la perdre.
J’ai la mémoire qui flanche…
À partir de la cinquantaine, nombre de personnes se plaignent de la baisse de leurs capacités intellectuelles en faisant état de leurs oublis fréquents. Il est faux de croire que ces désagréments augmentent systématiquement au fil des années.
À 87 ans, Joséphine épluche quotidiennement son journal pour se tenir informée. Elle aime commenter l’actualité à son fils avec lequel elle communique régulièrement. Sa mémoire est intacte.
Benoîte Groult, la romancière, a publié un roman à 86 ans dont elle assure la promotion en relatant avec verve ses agréables souvenirs.
« L’âge en lui-même n’implique pas une altération de la mémoire » affirme Hervé Allain, professeur de neuropharmacologie à l’Université de Rennes, allégation qui devrait remettre en cause l’idée reçue et admise que la mémoire diminue avec l’âge.
Au moment de régler ses achats, Éléonore ne se souvient plus de son code bancaire ; quelques jours plus tard, c’est le trou, impossible de se remémorer le numéro de téléphone de son fils, puis le lendemain, au supermarché, elle oublie ce qu’elle doit acheter. Inquiète, elle prend rendez-vous chez un neurologue pour s’assurer qu’elle n’est pas atteinte d’une maladie cérébrale dégénérative.
Nombreux sont ceux qui, comme Éléonore, consultent, anxieux, le cœur battant, face à leurs oublis récurrents en redoutant le pire des diagnostics.
Souvent la plainte mnésique renvoie à la peur de la maladie d’Alzheimer mais cette plainte résiste rarement à l’analyse scientifique.
Lorsqu’on tente de mesurer l’ampleur du trouble, on constate que la plupart des candidats obtiennent d’excellentes performances aux tests médicaux.
La maladie d’Alzheimer touche à peine 1% des personnes de 60 ans et seulement 5 % des plus de 65 ans, alors que les troubles de la mémoire concernent plus de la moitié des plus de 60 ans.
Il importe donc de décoder ce qui se cache derrière l’origine de la plainte car l’on détecte souvent des difficultés d’origine psychologique (anxiété, stress, solitude, dépression, mélancolie) ou, encore, dans quelques cas, une lésion liée à un accident vasculaire, un traumatisme crânien, etc.). Aussi, mieux vaut interroger un spécialiste, dès l’apparition de troubles de mémoire, surtout s’ils deviennent trop invalidants. Cette démarche permettra de se rassurer sur l’origine et la nature des oublis et de définir le type de déficit afin d’adopter une stratégie adéquate.
Arrêt de l’activité professionnelle, isolement, absence de projets positifs, plus qu’un symptôme du vieillissement, « la mémoire qui flanche » est souvent le résultat d’un manque de stimulation intellectuelle. Pour continuer à fonctionner, la mémoire a besoin d’être constamment sollicitée ; en perpétuelle mutation, elle est capable de modifier son fonctionnement à partir du moment où elle est stimulée par l’apprentissage, aussi faut-il toujours vivifier l’envie de se souvenir et de communiquer, en pratiquant notamment les exercices proposés à la fin de ce chapitre.
Pour cultiver votre mémoire
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