La peau dans tous ses états par Michèle Freud
De tous temps, à travers l'histoire, la peau a fait l'objet de soins particuliers : maquillage, massages, piercing, marquage, tatouage lui confèrent une fonction identitaire, une appartenance à un groupe, une caste, une religion, une ethnie.

Interface entre notre intimité et le monde extérieur, elle est aussi le porte parole de notre inconscient. Reflétant notre état psychique et notre santé en général, la peau est le plus sensible de nos organes.
« Etre mal dans sa peau », « avoir les nerfs à fleur de peau », nombreuses sont les métaphores à utiliser la peau comme marqueur somatique.
Aujourd'hui, le lien entre les réactions physiologiques et psychologiques s'explique scientifiquement. Notre cerveau joue en effet un rôle capital dans le processus de notre fonctionnement psychique.
Le système nerveux central dépend de la régulation de l'organisme et de nos comportements. Toutes nos émotions sont accompagnées de modifications physiologiques et chacun met en place une stratégie d'ajustement pour gérer son émotion. Quand un événement déborde notre capacité à faire face, le psychisme se fige. Le cerveau, alors submergé de tensions, décharge alors son trop plein sur nos organes, les émotions imprègnent nos fibres. La conscience n'a pas d'autre alternative que d'inscrire la douleur dans le corps : c'est le principe du processus de somatisation.
Une somatisation est une projection sur le plan corporel des perturbations émotionnelles. L'organisme se comporte tel un miroir de l'âme : quand l'affectif est secoué, c'est l'énergie de l'organe qui en pâtit.
On appellera souvent la peau au secours quand il nous manquera les mots pour le dire : « Quand ça ne passe pas par la bouche, il faut bien que ça passe ailleurs ! » écrit Groddeck, contemporain de Freud, considéré comme le père de la médecine psychosomatique, et auteur attentif du langage du corps vécu.
Ce qui est tu, réprimé, s'exprimera à même le corps chargé de supporter tous ces silences. Il se fait l'écho de nos frustrations et tourments dont nous ne sommes pas toujours conscients.
Ces affections concernent aussi les enfants. Du fait de son immaturité psychique, incapable de parler de son mal-être, le nourrisson va par exemple exprimer sa détresse avec l'eczéma.
De récentes découvertes ont montré que les cellules cutanées forment avec les terminaisons nerveuses présentes dans la peau de nombreuses connexions.
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