La peau dans tous ses états par Michèle Freud
Par le biais de petites molécules appelées neuromédiateurs, elles échangent en permanence des informations. Ainsi une vingtaine d'entre elles, communes à la peau et au cerveau, ont été recensées.
L'épiderme s'exprime aussi à travers des sécrétions de molécules, les glandes sudoripares, sébacées ou apocrites. L'hypothalamus réagit à un choc, en déclenchant toute une série de réactions : accélération cardiaque, montée d'adrénaline, etc.
Si l'affect est positif (joie, bonne nouvelle), les vaisseaux se dilatent, le sang afflue, la peau rougit et se réchauffe. Si, au contraire, l'émotion est négative, (appréhension, peur, etc.), les vaisseaux se rétractent, la peau se refroidit et pâlit.
La peau, miroir de l'âme
Nous connaissons tous ce lien subtil entre la peau et nos états d'âme. Organe sensoriel traduisant nos sentiments, la peau, jonction entre le « dehors » et le « dedans » est le lieu privilégié de l'expression émotionnelle. Quand nous sommes anxieux, angoissés et que nous nous trouvons dans l'impossibilité de verbaliser notre peur, celle-ci se traduira par une allergie ou par tout autre message.
Ainsi, à chaque première représentation, le comédien Louis Jouvet déclenchait, du fait de son trac, une poussée d'eczéma paroxystique.
Une forte frayeur peut entraîner un blanchiment prématuré des cheveux ; ceux de Marie Antoinette, épouse de Louis XVI, blanchirent en une nuit, l'avant veille de son exécution relate l'histoire.
La peau n'est pas seulement une enveloppe, une barrière entre le monde extérieur et notre corps, elle est également le support du cinquième sens : le toucher qui accorde une importance primordiale aux sensations et au ressenti. Liée à la vie affective et au plaisir et ce, dès la naissance à travers les échanges tactiles avec la mère, elle est un organe privilégié dans la relation.
Les contacts peau à peau entre la mère et le nourrisson, les caresses données, les massages prodigués sont essentiels au développement harmonieux de ce « Moi peau » décrit par le psychanalyste Didier Anzieu. Ils libèrent entre autres dopamine et endorphines, ces fameuses hormones du plaisir qui nourrissent notre corps de façon positive et renforcent notre système immunitaire.
Mémoire du toucher, des câlins maternels, des réminiscences de joie et de tendresse, la peau garde aussi la trace des absences, des douleurs, des blessures de la vie et de tout ce qui se passe à l'intérieur de soi.
Certains, à défaut d'avoir reçu une nourriture affective suffisante durant l'enfance, garderont une certaine fragilité psychique et seront par exemple davantage prédisposés à une maladie de peau.
"C'est l'âme qui doit être traitée en premier lieu avec la plus grande sollicitude, pour que le corps s'en trouve soulagé" déclarait Platon qui, déjà, avait pressenti le lien étroit existant entre le corps, la peau et la sérénité de l'âme.
Dans l'analyse et le traitement du symptôme, personnalité, histoire de vie et vulnérabilité seront à prendre en compte. Il importe de pouvoir être à l'écoute de nos vrais besoins, mais aussi de prendre conscience de la source de nos déplaisirs et chercher à en diminuer leur présence par des actions concrètes.
Massages, attention à soi, détente, relaxation ou toute autre forme de soins pourront être préconisés à titre de réparation symbolique.
Savoir se relaxer, apprendre à bien respirer, à lâcher prise, cultiver une philosophie du plaisir et un esprit zen sont des soins de restauration à intégrer dans une hygiène de vie au quotidien pour se sentir mieux dans sa peau, mieux dans sa vie.
Par Michèle Freud.
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