Comprenons la culpabilité pour s'autoriser à réussir par michèle Freud
"Du passé faisons table rase" Eugène Pottier
« Je viens d'être reçu à l'agrégation de philo et je devrais sauter de joie » confie Cécile. Pourtant, un indicible sentiment d'angoisse l'étreint comme si elle assimilait cette réussite à l'idée d'une faute en ne s'autorisant pas à dépasser ce frère qui lui, à échoué à trois reprises au même concours.
La culpabilité ? Nous connaissons tous l'effet pervers de ce poison insidieux capable de nous gâcher nos meilleurs moments de plaisir. Si cette perception consciente se révèle pesante, celle, inconsciente, est encore plus pernicieuse. Elle est d'autant plus dommageable qu'elle est responsable du sabotage de notre succès, de l'inaptitude à connaître le bonheur au sein d'une relation intime et de l'incapacité à jouir de la vie, bref, elle est de nature à briser nos vœux les plus chers.

Nombreux sont ceux qui, au moment d'une promotion sociale, d'un rendez-vous professionnel important, d'un examen à passer, commettent cet « acte manqué » à travers l'oubli, la maladie ou le trou noir lors de la rédaction d'une copie d'examen. Il y a ceux qui finissent par réussir mais se sentent éternellement coupables ou redevables, sentiment trahissant leur fidélité aux parents, à leur catégorie sociale. Cette culpabilité se développe d'autant plus qu'elle trouve un écho dans l'impression de n'être jamais à sa place, constamment en décalage entre la position originaire et la position acquise. Ainsi, pour cette raison, la trajectoire de certains individus en promotion est quelquefois marquée par l'échec, une manière de dire tout haut « je ne me sens pas le droit de réussir ».
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