La pression au travail, cause de suicides ?
La souffrance au travail : un facteur de risque sous-estimé ?

D’après cette classification, la souffrance au travail n’apparaît que comme un facteur de risque secondaire. Ce qui tendrait à laisser penser qu’il ne s’agit que d’un facteur surajouté à un terrain prédestiné (épisodes dépressifs, antécédents de tentative de suicide).
Cette vision est cependant réductrice car on assiste à une modification récente de la souffrance au travail : au sein des grandes entreprises les rythmes de travail s’intensifient, la recherche de résultats et l’établissement de scores isolent l’individu au sein du groupe.
Cette perte identitaire peut s’accompagner d’un sentiment d’échec et de mal-être.
Ainsi, le stress au travail pourrait se concevoir non pas comme un simple catalyseur de souffrance humaine, mais comme le facteur déclenchant des troubles :
stress post-traumatique, troubles anxieux, épisodes dépressifs secondaires à un manque de reconnaissance sociale ou à un échec par rapport à des objectifs impossibles à tenir.
Médiatisation des cas
Le battage médiatique autour des cas de Renault puis de France Telecom a eu le mérite de lever le tabou quant à l’épuisement professionnel. La médiatisation de la série de suicides a cependant l’effet pervers de potentialiser le passage à l’acte : en pleine souffrance psychologique, les salariés voient ainsi une solution à leurs problèmes à laquelle ils n’auraient pas songé.
Un audit pour analyser la situation et trouver des solutions
Dans le contexte économique actuel, les restructurations s’accompagnent souvent de reclassement du personnel dans des postes pour lesquels les salariés sont surqualifiés ou qui ne répondent pas à leur attente.
Cette situation renforce la crise identitaire et peut précipiter ces personnes dans la souffrance.
Pour enrayer ces séries infernales, les grands groupes font intervenir des cabinets de spécialistes en médecine du travail.
Un audit complet permet de proposer un plan de prévention primaire : agir en amont pour éviter la pression au travail, par exemple en réorganisant les équipes. Renforcer le sentiment d’utilité pour replacer l’individu au centre de son travail doit être un point majeur dans les entreprises déshumanisées.
Plus qu’un facteur de risque de suicide, la souffrance au travail tend à être considérée comme un élément déclenchant de troubles pouvant conduire au suicide.
Des actions de prévention, à travers la médecine du travail, doivent s’efforcer de minimiser les causes de stress et de favoriser la verbalisation des problèmes pour éviter toute perte d’identité liée au travail.
Christophe Coste
|
 |
|