Surmonter la timidité par Michèle Freud
Pour S. Freud, ces troubles psychologiques seraient le résultat d’un désaccord entre le ça, le moi et le surmoi, les trois aspects fondamentaux de la personnalité. Le ça se réfère au côté instinctif, pulsionnel, passionné de la nature humaine, le moi perçoit la réalité, apprend ce que l’on peut faire et contrôle les actes ; le surmoi est la voix d’une conscience sévère, le gardien de la moralité, des idéaux et des tabous sociaux. La tâche du moi consiste à maintenir l’équilibre entre les désirs du ça et ceux du surmoi.
Quand le moi fonctionne bien, il s’arrange pour que ses actes soient de nature à satisfaire les besoins du ça, sans violer pour autant les règles morales ou les codes sociaux du surmoi. Mais cette négociation est souvent délicate.
La timidité serait une réaction aux désirs primaires insatisfaits du ça. Parmi ces désirs figure le désir oedipien de l’enfant qui voudrait que sa mère n’aime que lui, à l’exclusion de toute autre personne, y compris le père.
Certains établissent un lien avec une problématique liée au processus de séparation : défaut de maternage, séparation prématurée, mère ne remplissant pas sa fonction protectrice, ou au contraire, mère trop étouffante, intrusive. Les carences ou traumatismes qui en résultent sont susceptibles de se traduire, entre autres, par une timidité excessive.
De l’enfance à l’adolescence
La timidité se réveille plus particulièrement à certains stades du développement de l’enfant. Celui-ci y est confronté entre 6 mois et un an, notamment au cours de la période appelée « l’angoisse du 8e mois », celle où le bébé ressent de la peur face à ce qui est étranger aux figures d’attachement peuplant son environnement quotidien.
Cette étape correspond à la prise de conscience progressive de son identité distincte des personnes qui lui sont familières. Il est aussi habituel de voir apparaître des phases de timidité entre trois et six ans, lorsque l’enfant est tiraillé entre son désir de relation privilégiée avec ses parents et l’envie de plaire et de séduire d’autres personnes, avec la crainte que ces désirs nouveaux ne lui fassent perdre l’amour maternel.
L’adolescence, elle aussi, est un moment propice d’expression de la timidité : celle-ci venant exacerber l’ambivalence des sentiments, et les désirs de séduction et de pouvoir.
La sexualisation renforce les peurs, contribuant à une implication particulière du corps qui se traduit notamment par le fait de rougir, témoignage de la difficulté à maîtriser ses émotions.
De nombreux travaux ont démontré que l’ordre d’apparition d’un enfant dans la famille (rang de naissance) influait également. Les parents, souvent très anxieux ou trop attentifs à l’égard de la santé et de l’avenir de leur aîné, entretiennent en général un degré d’exigence élevé.
Avec le temps et l’expérience, ils sont plus flexibles avec leurs autres enfants ; le cadet est décrit comme nettement moins timide que l’aîné. Pour réussir, cet aîné travaille avec acharnement car il se persuade que l’amour des adultes dépend de ses performances et qu’il lui appartient de prouver ses mérites et sa valeur personnelle. Avec une telle pression et de telles croyances, il risque de développer un sentiment d’infériorité et une mauvaise estime de soi.
Ces diverses interprétations sont susceptibles de nous éclairer dans la compréhension du problème, mais il n’existe pas de réponse unique ; il s’agit en réalité de la conjonction de plusieurs facteurs.
Nos conduites portent l’empreinte de nos gènes, de notre histoire familiale, d’une acquisition à travers l’apprentissage d’un certain mode de réponses mais aussi de notre culture qui accorde une place importante à l’individualisme (en privilégiant la valeur de la personne), et d’une société qui favorise la prise de responsabilité et valorise la performance.
Les timides et leurs comportements
Le timide est marqué par l’inhibition dans un grand nombre de situations sociales qu’il évitera très souvent.
Il redoute en particulier les « premières fois » : il lui arrive de régler le problème de cette première rencontre en y renonçant définitivement, préférant la sécurité de l’isolement au risque de se voir exposé ou rejeté.
Le timide réprime une foule de pensées, de sentiments, d’actes qui menacent continuellement de faire surface. On le décrit comme discret, distant ou réservé. Il peut apparaître farouche ou effacé en raison de son manque d’assurance. En réalité, il est torturé par un sentiment permanent d’insécurité.
Il s’entoure d’une série de barrières destinées à dissuader les autres de s’approcher trop près. La plupart du temps, il choisira de fuir l’objet de sa terreur, se privant ainsi de la chaleur des contacts humains qui lui donneraient confiance.
« Au restaurant d’entreprise, je m’arrange toujours pour me mettre seul à une table. Si quelqu’un m’aborde, je fais mine de me plonger dans la lecture de mon journal en prenant un air sombre » confie ce cadre hyper timide, qui avoue envier bavardages, rires et conversations de son entourage.
Certains en effet dressent de véritables remparts pour éviter d’être approchés.
Parmi les grands timides, citons de nombreux écrivains, scientifiques, créateurs et chercheurs. C’est en solitaire, à l’abri des regards, dans leur monde intérieur et dans leur univers mental qu’ils se sentent à leur aise.
Comment surmonter la timidité ?
Puisqu’il s’agit d’un comportement appris, il peut être désappris comme n’importe quelle mauvaise habitude ou n’importe quelle phobie particulière. Dites-vous que ce sont nos comportements qu’il y a lieu de changer et non notre entourage. Bien sûr, tout n’est pas toujours aussi simple. Il nous faut quelquefois, avant de modifier nos comportements, trouver la cause de notre timidité et apprendre à faire face aux situations anxiogènes pour pouvoir les affronter avec plus de sérénité.
De nombreuses solutions existent pour acquérir ou retrouver sa force intérieure.
Vaincre la timidité consiste à agir :
|
 |
|