Vouloir mincir par Michèle Freud
Vénus préhistoriques enrobées, corps de femmes aux rondeurs de la Grèce Antique ou de la Renaissance immortalisés par Rubbens, baigneuses plantureuses de Renoir, tels étaient, à l'époque, les symboles de la féminité. Cette image s'est modifiée au fil du temps. La Vénus de Milo, jadis canon de beauté universelle, nous fait aujourd'hui sourire...
Depuis les années 60, un nouvel engouement est né, celui de la minceur. Nous sommes prisonniers d'une image idéale et sommes prêts à infliger à notre corps les pires tyrannies pour ressembler aux silhouettes des magazines car la mode, et ses diktats, est particulièrement contraignante. Mincir est l'obsession la plus partagée de la planète.

L'image du cadre dynamique que nous renvoient les publicités est celle d'une personne tonique, active et. mince. La norme est à la femme à l'allure sportive, augure d'émancipation. L'homme, lui aussi, semble de plus en plus soucieux de son aspect extérieur. Un corps mince, musclé et hâlé est, le plus souvent, synonyme de réussite sociale, de séduction car, il faut bien le reconnaître, notre société n'admet pas les gros !
Etre gros, c'est s'exposer au regard des autres et ainsi, à leur mépris, et surtout, à leur rejet. Les magazines exhibent des mannequins au corps longiligne, les médias glorifient le corps idéalement svelte, signe d'un parfait bien-être.
Alors, victimes de cette pression extérieure, pour plaire, pour réussir, pour faire partie de cette élite, nous décidons, à notre tour, de nous glisser dans ce moule car minceur rime, entre autres, avec bonheur.
Nous nous lançons de manière anarchique dans des régimes amaigrissants et déséquilibrés, testant tous les remèdes miracles au prix de sacrifices excessifs.
Or, ces privations frustrantes et, de toute façon, punitives deviennent, quoiqu'il en soit, néfastes pour notre santé. Ne pouvant être en permanence dans la restriction, nous finissons par perdre tout contrôle et sombrons dans une alimentation anarchique. Les périodes de régime, de restriction alternent alors avec des périodes de boulimie et de laisser-aller, la balance oscillant ainsi entre le pire et le meilleur. Les kilos s'empressent de revenir, comme si le corps se vengeait d'avoir été privé...
Notre rapport à l'alimentation s'avère bien ambigu.
Nous savons combien tout ce qui se rapporte à la nourriture est porteur d'une charge affective, d'autant plus grande qu'elle est liée à des expériences précoces, inscrites dans la mémoire du corps et restées vivantes, voire vivaces, dans l'inconscient.
Dès notre naissance, nous réalisons à travers la prise de nourriture, un certain nombre d'expériences émotionnelles qui vont influencer la construction de notre schéma d'alimentation.
En effet, le bébé est attiré par le plaisir du goût que lui procure le lait sucré ; ce plaisir s'accompagne d'un sentiment de bien-être physique et de protection, aussi, puisqu'il est absorbé dans les bras de la mère. Notre cerveau a mémorisé ces instants exceptionnels et la consommation d'aliments savoureux restera, pour la plupart d'entre nous, liée à cette expérience. L'aliment est alors le refuge compensateur de moments de frustration : "Ma seule histoire d'amour est celle que j'entretiens avec la nourriture", dit Sonia, boulimique.
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