La télé rend-elle les enfants violents ?
La violence des adolescents est quelque chose de difficile à admettre pour la société. Pour tenter de l'expliquer, on accuse parfois la télévision et la violence des films qui sont destinés aux jeunes. Mais qu'en est-il vraiment ?

C'est une polémique récurrente dans nos sociétés occidentales, un marronnier pour les journalistes. Y a t-il un lien entre la violence des jeunes et la violence des films et séries qu'ils regardent à la télévision ? Rien ne le prouve, mais le débat fait rage...
Une polémique récurrente
En 2002, plusieurs faits divers violents ont fait la une de l'actualité. Dans le Doubs, deux adolescentes d'une quinzaine d'années torturent une de leur camarade de classe et la laissent pour morte. On apprendra qu'elles regardaient beaucoup de films d'horreur. Quelques mois plus tard, du côté de Nantes, un jeune homme de 17 ans tue une de ses amies de 15 ans de plusieurs coups de couteau. Il dira avoir été influencé par le film « Scream », qu'il avait vu quelques jours plus tôt.
Ces faits divers ont relancé le débat sur la question de la violence à la télévision et de son influence sur les jeunes. Le gouvernement a alors chargé la philosophe Blandine Kriegel de présider une commission sur le sujet. Composée de personnes provenant de divers horizons (universitaires, juristes, médecins...), cette commission a produit un rapport dans lequel elle affirme l'existence d'une influence des spectacles violents à la télé sur le comportement des jeunes. Ce rapport dénonce également le retard de la législation française en matière de classification des films (sortant en salle et en DVD).
Des études contradictoires
Quoi qu'en dise le rapport Kriegel, rien n'est réellement établi concernant le lien entre les images violentes et le passage à l'acte. Il est vrai que de nombreuses études, notamment anglo-saxonnes, démontrent l'existence d'une influence directe de la télévision et des jeux vidéos sur l'agressivité des enfants. Au quotidien, plus un enfant passe de temps devant les écrans, plus il a des comportements agressifs. Mais ce sont des études qui ne travaillent que sur le court terme.
Comment savoir si ces images violentes ont un impact à long terme ? L'enfant a aussi des parents, des professeurs, qui vont lui inculquer des valeurs et lui apprendre à faire la part des choses entre fiction et réalité. Qu'un enfant soit plus agressif au quotidien parce qu'il passe plus de temps devant la télé ne signifie pas qu'il a plus de risques de commettre un meurtre à l'adolescence.
Les résultats de ces études sont donc à manier avec précaution. D'ailleurs, d'autres études démontrent l'inverse, niant l'existence d'un rapport entre télé et violence. Le débat est donc loin d'être clos...
Former au sens critique
A vrai dire, il est utopique de penser que nous pourrions préserver complètement nos chères têtes blondes de toute image de violence. Nous vivons dans une société d'images, et la violence fait parti de la vie. Nous ne pouvons pas faire grandir nos enfants dans une bulle. C'est pourquoi il est important qu'ils apprennent à avoir du recul par rapport aux images, qu'ils acquièrent un sens critique. Si l'école a un rôle à jouer dans cette sensibilisation, les parents doivent bien sûr y prendre leur part. Il faut essayer de s'intéresser à ce que les enfants regardent à la télé et échanger avec eux sur le sujet. Cela peut être l'occasion de leur donner des clés pour comprendre ce qu'ils voient.
Et il ne faut pas hésiter à leur interdire certains programmes si l'on pense qu'ils ne sont pas adaptés, en s'aidant notamment de la signalétique du CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel). Il n'est de toute façon pas très bon pour la santé des enfants de rester des heures entières devant la télé. Développer son sens critique, c'est aussi apprendre à sélectionner : il faut leur apprendre à choisir des programmes intéressants et à éteindre la télé quand ça ne l'est plus.
Le débat sur les liens entre violence et télévision est loin d'être clos. Quoiqu'il en soit, il est important d'accompagner les enfants lorsqu'ils regardent la télévision et de leur apprendre à éteindre et à passer à d'autres activités.
Validé par le Dr Frédéric Amarger
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