DOSSIER : Le cancer
Le cancer se définit comme une prolifération cellulaire anormale et anarchique des cellules d’un tissu ou d’un organe. Ces cellules sont capables de se propager vers d’autres organes du corps humain, formant alors des tumeurs secondaires, nommées métastases.
L’origine d’un cancer
La cancérogenèse est le processus par lequel une cellule devient cancéreuse. Une cellule cancéreuse est stimulée de façon anormale (par un excès de facteurs de croissance, par un nombre trop élevé ou une hyperactivation des récepteurs à sa surface, dus à une mutation génétique) : sa capacité de croissance augmente de façon trop importante. La tumeur cancéreuse est donc monoclonale issue d’une cellule unique dont le patrimoine génétique a été modifié.
Elle est également insensible aux facteurs censés inhiber sa croissance en temps normal : la prolifération cellulaire est alors anarchique. Ceci est lié au fait que la modification génétique subie change ses récepteurs de surface et n’est donc plus sensible au mécanisme d’auto-régulation. De plus, les mécanismes qui permettent habituellement de détecter une prolifération anormale et d’entraîner quand c’est le cas la mort de la cellule sont inactivés, provoquant ainsi une persistance des anomalies de croissance cellulaire.
Les cellules cancéreuses possèdent également une capacité illimitée de division : ce sont des cellules « immortelles ». Elles sont capables d’induire la formation de nouveaux vaisseaux sanguins qui leur permettront de continuer leur croissance. Enfin, ces cellules sont capables de se disséminer à distance de leur foyer d’origine par différentes voies : sanguine, lymphatique, pleurale (au niveau du poumon), péritonéale (au niveau de la cavité abdominale), étant ainsi à l’origine des métastases. Toujours pour la même raison, les modifications des protéines de surface diminuent leur capacité d’adhésion et donc, liée à une hypervascularisation due à la néo angiogénèse, favorisent la dissémination. De plus, la tumeur cancéreuse ne respecte pas la structure histologique du tissu hôte et se développe de proche en proche en ignorant les barrières tissulaires.
Les causes et facteurs de risque du cancer
Les facteurs environnementaux jouent un rôle essentiel dans la formation des cancers. Le principal facteur de risque est représenté par l’alimentation, à l’origine d’environ 30% des cancers, en particulier digestifs. Ainsi, une alimentation trop riche en calories et en graisses animales expose à un risque plus important de survenue d’un cancer du colon, mais aussi de la prostate, du sein et de l’endomètre. Les aliments salés ou fumés, contenant des nitrites, favoriseraient l’apparition des cancers de l’œsophage, de l’estomac et du pharynx. La surcharge pondérale, à l’origine d’un excès d’hormones oestrogéniques, augmente le risque de cancer du sein et de l’endomètre. A l’inverse, une alimentation riche en fruits et légumes frais constitue une protection envers les cancers du poumon et les cancers digestifs.
Second facteur de risque majeur, le tabac constitue le principal facteur carcinogène : il est le facteur essentiel de formation des cancers du poumon, et est à l’origine des cancers de la vessie et du rein. L’alcool quant à lui contribue à la formation des cancers du foie consécutifs à une cirrhose, et des cancers des voies aéro-digestives (bouche, pharynx, œsophage), en particulier quand il est associé à une consommation tabagique : le risque est alors multiplié par 35.
Des agents chimiques, tels que l’amiante, les goudrons, le chrome, le nickel, les rayons X, sont à l’origine de nombreux cancers chez les sujets exposés : cancers de la plèvre, des bronches, de la vessie, hémopathies (cancer du sang), cancers cutanés…
Les rayons ultraviolets entraînent l’apparition de cancers cutanés, consécutifs à une exposition solaire trop importante sur les types de peau à risque. Certains virus (HTLV-1, Epstein-Barr, VHB, HIV, papillomavirus) peuvent être à l’origine de leucémies, lymphomes ou cancers du col de l’utérus et cutanés. Enfin, certains cancers peuvent être liés à des traitements médicamenteux dans certains cas : chimiothérapies induisant des hémopathies ; hormones sexuelles impliquées dans les cancers du sein, de l’endomètre ; distilbène à l’origine de cancers du vagin chez les filles des patientes ayant pris ce traitement.
La suppression de l’exposition à ces facteurs avant l’induction de la maladie constitue l’axe fondamental de la prévention primaire.
Des facteurs génétiques jouent un rôle dans le développement des cancers liés à ces facteurs environnementaux, expliquant le développement d’un cancer chez certains patients exposés, tandis que d’autres personnes exposées aux mêmes facteurs ne développeront pas de cancer.
Il existe une prédisposition familiale à certains cancers, entrant dans le cadre de syndromes :
- néoplasies endocriniennes multiples (NEM de type I ou II) dans les cancers du pancréas, de l’hypophyse, des surrénales
- maladie de Von Hippel Lindau pour certains cancers du rein ou du système nerveux
- Polypose Adénomateuse Familiale, Syndrome HNPCC dans les cancers colo-rectaux etc…
Enfin, une transmission génétique serait à l’origine de 5% des cancers.
Epidémiologie et populations touchées par le cancer
Les cancers sont de façon générale la première cause de mortalité chez l’homme, et la seconde chez la femme, représentant environ 30% des décès. Chez l’homme, les cancers les plus fréquents sont, par ordre décroissant :
- le cancer de la prostate
- le cancer du poumon
- le cancer du colon
- le cancer des voies aéro-digestives supérieures (cancers VADS)
- le cancer de la vessie
Chez la femme, il s’agit des cancers du sein, du colon, de l’endomètre, du col utérin et de l’ovaire.
Les cancers VADS touchent le plus fréquemment l’homme de 50 ans, présentant une consommation importante de tabac et d’alcool.
Les tumeurs du col de l’utérus sont rencontrées le plus souvent chez la femme vers 50 ans, tandis que celui du corps de l’utérus et des ovaires touchent la femme ménopausée aux alentours de 65 ans.
Les traitements du cancer
La chirurgie constitue un des traitements principaux des cancers : elle vise à l’exérèse des tumeurs, et peut être radicale, conservatrice, palliative ou préventive selon les cas. Elle est souvent accompagnée d’un curage ganglionnaire afin d’endiguer la dissémination de la tumeur par la voie lymphatique.
La radiothérapie est utilisée dans les cas où la tumeur est dite radio-sensible : la dose de rayons administrée, calculée en Grays, est fonction de la localisation de la tumeur. Elle est fractionnée et administrée en plusieurs séances, réalisées dans des services hospitaliers spécialisés.
La chimiothérapie, utilisant des molécules visant à la destruction de la tumeur ou à l’arrêt de sa croissance, peut être employée seule ou en complément de la chirurgie et de la radiothérapie. Elle peut être à visée curative ou palliative, et fait appel à différents mécanismes d’action selon les métabolites utilisés : action sur des enzymes, inhibition de la division cellulaire, action directe sur l’ADN…
Leur mode d’action est principalement antimitotique, c’est-à-dire qu’il agit sur la division des cellules, les cellules tumorales ayant un cycle de division très rapide.
Ce traitement comporte des effets secondaires, en particulier une chute des cheveux (alopécie), qui n’est toutefois pas définitive, la repousse ayant lieu lors de l’arrêt du traitement. Il existe des toxicités induites par les chimiothérapies, en particulier hématologique, mais aussi rénale, dermatologique,qui nécessitent la réalisation de bilans sanguins réguliers. En fait, tous les effets indésirables concernent les organes ou les tissus connaissant de manière physiologique un renouvellement cellulaire rapide et régulier. Les chimiothérapies sont administrées en cycles, en hospitalisation ou en hôpitaux de jour.
Avec 240 000 nouveaux cas par an en France, le cancer représente la 2ème cause de mortalité, derrière les maladies cardio-vasculaires. L’existence de facteurs favorisants identifiés permet petit à petit la mise en place d’une prévention primaire par l’éviction, dès que cela est possible de ces causes, mais aussi secondaire par le dépistage des cancers au début de leur évolution, permettant la mise en route précoce d’un traitement adapté à l’aide de la chirurgie, de la radiothérapie ou de la chimiothérapie.
C’est ainsi que les cancers de l’estomac, du colon, du col de l’utérus mais aussi les lymphomes sont actuellement en régression, grâce à la prévention, au dépistage et au traitement précoce.
Mais le tabagisme, l’exposition solaire et le vieillissement de la population sont dans le même temps responsables de l’augmentation des cancers du poumon et de la vessie (en particulier chez la femme), des mélanomes, et des cancers de la prostate et du sein.
Elodie Le Royer
(Validé par le Dr Frédéric Amarger)
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